«Je suis pour un État fort et une Europe forte »

Le résultat des régionales a bousculé la droite gardoise. Entretien avec Yvan Lachaud, président de l’UDI.

JPS : Élection après élection, la droite recule sur ses territoires du sud du Gard, comment analysez-vous ce phénomène particulièrement visible lors des élections régionales?
YL : On a vécu une élection particulière, elle ne s’est pas jouée sur des thèmes régionaux mais sur l’insécurité, l’emploi et l’immigration. Le résultat, c’est une révolte girondine qui touche toute la France et l’expression d’un ras-le-bol dans des domaines que gauche et droite n’ont pas su résoudre. Il y a aussi une majorité de jeunes qui a voté FN uniquement pour des problèmes d’insécurité, de petite délinquance qui les font suer au quotidien. Ils nous disent : “Notre sécurité n’est plus assurée”.

JPS : Vous parlez de révolte, considérez-vous que le vote FN reste un vote de rejet?
YL : Oui. Regardez le 1er tour. Avec onze listes, droite et gauche auraient dû émerger, or, dans certaines communes, le vote FN a dépassé 50 %, du jamais vu! C’est une réaction des électeurs de droite et de
gauche.


JPS : Pour la droite, comment éviter ce type de réaction en 2017?
YL : Il ne faut pas prendre les gens pour des imbéciles, apporter des propositions et les mettre en oeuvre. Je suis centriste, je l’assume et je suis pour un État fort et une Europe forte. Je pense qu’il faut multiplier par dix le budget consacré au contrôle des frontières de l’Union européenne car notre sécurité n’est plus assurée.


JPS : Qu’entendez-vous par État fort, l’État est-il faible?
YL : Oui, en matière de sécurité, il est faible. Les communes sont obligées de démultiplier les polices municipales alors que c’est un pouvoir régalien, ce n’est pas normal. En matière d’emploi, la mobilisation doit être partagée avec les collectivités, c’est vrai mais en matière fiscale aussi, l’État doit dire que pendant plusieurs années, il n’y aura plus d’augmentation. Sur la petite délinquance, il faut un État ferme et pour la famille qui est affaiblie, de plus en plus divisée, il doit aussi compenser.

JPS : Que pensez-vous de l’idée d’union entre droite et gauche sur certains sujets prônée par certains au centre ?
YL : Dans la collectivité que je dirige, j’essaye de trouver un consensus, il n’y a pas de fracture droite-gauche. Je suis en total désaccord avec la gauche sur certains points mais on peut toujours se retrouver pour contrecarrer des idéologies qui font peur. L’intérêt général doit primer.

«Se droitiser, ça ne veut rien dire »

JPS : Que pensez-vous de la notion de droitisation de la droite?
YL : Un État fort oui, mais droitiser, ça ne veut rien dire. Moi, je suis démocrate-chrétien et libéral social. En matière économique, je ne suis pas pour plus d’État mais je milite pour un État fort, je suis pour le rétablissement d’un service militaire sous le régime du volontariat. Ma préoccupation est de défendre les valeurs humanistes, de faciliter la vie de ceux qui sont faibles, d’oeuvrer pour l’emploi. Mais si on veut exprimer de l’humanisme, ça a un prix : la fermeté et l’obligation du respect des règles républicaines et la sanction en cas de non-respect. C’est cohérent dans la République et ce n’est pas se droitiser.


JPS : Êtes-vous inquiet pour l’avenir ?
YL : Non, je ne suis pas inquiet mais nous ne devons plus promettre des choses, nous devons les réaliser.

 

Recueilli par JEAN-PIERRE SOUCHE
1712 YL NM UDI